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Atteindre l’inaccessible, un objectif de longue durée

Sur le bassin versant de la Sienne, l’été 2019 a vu la réalisation de 3 chantiers en faveur de la continuité écologique avec pour maître d’œuvre le SIAES. Deux d’entre eux se sont déroulés sur la Vanne, l’un au moulin de Monceaux, l’autre au moulin du Quesnay ; chacun de ces sites étant situés respectivement à 2 et 5 km de la confluence. Le troisième chantier a eu lieu sur la Sienne au moulin de Quettreville-sur-Sienne, à 300 mètres en amont de de sa confluence avec la Vanne. Nous nous attarderons sur 2 d’entre eux : Le moulin du Quesnay et le moulin de Quettreville sur Sienne.

Le Moulin du Quesnay

Avant la restauration: Toutes les eaux de la Vanne s'écoulent sur le seuil

Bief situé à l'amont du seuil

La Vanne avait été détournée de son lit afin d’alimenter en eau la roue du moulin. Malgré un usage devenu ponctuel, le propriétaire a souhaité conserver ce seuil. Pourtant, cet ouvrage était totalement infranchissable par l’ensemble des poissons de la rivière à l’exception de quelques anguilles ; lesquelles devaient certainement prendre la clé des champs pour accéder à la partie supérieure du cours d’eau.        

Un saut de saumon voué à l'échec!

Un cours d'eau régulièrement visité par les migrateurs amphihalins

Une solution alternative a été trouvée afin de conserver un ouvrage fonctionnel lorsque les niveaux d’eau de la Vanne le permettent d’une part, et d’autre part, d’assurer la libre circulation des animaux et des sédiments : retracer son lit mineur dans le fond de la vallée. Cette proposition a pu être retenue grâce à l’accord de l’agriculteur qui a accepté de voir sa prairie divisée par cet écoulement d’eau.

Vue d'ensemble de la portion de vallée concernée par la restauration

Tracé du futur lit mineur du cours d'eau

           

Fermeture partielle du bief amont

    Il aura fallu attendre 17 années pour appliquer l’obligation d’assurer la continuité écologique de ce lieu et quelques jours de travaux. Maintenant, laissons le soin à la nature de créer un nouvel équilibre écologique sur cette portion de la Vanne .  

Creusement du lit mineur

Connexion entre le lit mineur réhabilité et le lit mineur de la Vanne

Maintenant, un seuil non perturbant pour la circulation de l'eau, des êtres vivant et des sédiments

Sans être rabat-joie, c’est seulement 1,3km de cours d’eau qui a été réhabilité pour les habitants de la Vanne. En effet, un autre seuil infranchissable se dresse sur la commune de Saint Denis Le Vêtu. Le seuil de ce moulin fait également l’objet d’une mise aux normes qui aurait dû être appliquée en avril 2002. Espérons que les choses aillent beaucoup plus vite car le besoin d’avoir des cours d’eau en bonne santé se vérifie chaque jour un peu plus.    

Le moulin de Quettreville sur Sienne

Ce moulin se trouve dans la partie aval de la Sienne, à seulement 3,5 km de son havre. Depuis plusieurs années, ce moulin n’utilise plus l’eau de la Sienne. Une passe à ralentisseurs plan (photo suivante) avait été installée sur son seuil.

Moulin de Quettreville sur Sienne

 

Vue large du seuil

Vue du seuil

Vue vers l'aval

  C’est après plusieurs années d’échanges avec le propriétaire du site que l’arasement de cet ouvrage a été envisagé.

Moulin après arasement du seuil

Vue large du seuil arasé

Seuil arasé

Vue vers l'aval

      A l’heure actuelle, le cours d’eau reconstruit son lit mineur.   Ces images, prises en amont, au pont de Quettreville, nous laissent deviner le prochain profil en long qu’adoptera la Sienne. Ce parcours devrait ressembler à celui que nous avons en amont du Moulin de Sey.

La Sienne en amont du pont de Quettreville

La Sienne en aval du pont de Quettreville

  Pour conclure, les saumons ont déjà adopté ce nouveau territoire (en bas et à gauche de la photo). Ils l’abandonneront définitivement et sans difficulté à la prochaine crue de la Sienne.  
 
 

Le retour à la lumière d’un affluent de l’Airou

Vue d'ensemble de la vallée

Il y a 3 ans un affluent de l'Airou était purement et simplement rayé de la carte; l'objet de ce déménagement était de produire du maïs à grands coups d'intrants chimiques.

Depuis, la police de l'eau et la justice sont passées par là. L’agriculteur s'est vu contraint de remettre en l'état ce fond de vallée. Cette restauration a été assurée cet hiver par une entreprise privée. Maintenant il serait opportun de mettre en place un suivi afin d'apprécier l'évolution de ce milieu très perturbé.

Vue de l'amont vers l'aval 1

Nous ne pouvons qu'espérer que cet évènement serve d'exemple mais, dans l'idéal, notre souhait premier est que chacun d'entre nous comprenne qu'un cours d'eau, aussi petit soit-il, est source de vie; le non-respect de cette évidence se traduisant par la mise en danger de notre environnement et de nos sociétés humaines.

Vue de l'aval vers l'amont

Et puis, ce n'est certainement pas par hasard si nous sommes venus à créer cette métaphore: les petits cours d'eau font les grandes rivières.

Limite amont de la partie réhabilitée

 

Biodiversité : « Si un effort énorme est déployé, on peut enrayer la disparition des insectes »

Le 26 février 2019, Actu-environnement éditait une interview du directeur de recherche au CNRS Philippe Grandcolas : "Si un effort énorme est déployé, on peut enrayer la disparition des insectes"

Nous vous invitons à aller sur le site pour lire l’intégralité de son contenu. Un effort énorme pour enrayer la disparition des insectes

Sinon, prenez le temps de parcourir quelques extraits que nous avons sélectionnés arbitrairement.

Selon une étude parue le 10 février dans la revue Biological Conservation, il ne restera plus d'insectes sur la planète d'ici la fin du siècle. La tendance peut être infléchie, comme en témoigne un plan d'action que l'Allemagne se propose d'engager.

Ce qu'apporte d'original cette étude, c'est un bilan quantitatif sur des périodes de temps. C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas seulement d'un constat qualitatif sur un ou plusieurs lieux, il s'agit d'un bilan des quarante dernières années, c'est une recherche dans la littérature scientifique des études qui montrent le déclin des populations d'insectes

Ce bilan a cependant l'intérêt de montrer globalement que la situation est extrêmement alarmante.

Mais sur les insectes ou sur des organismes moins charismatiques, il n'y a pas cette qualité de suivi faute de contributeurs. C'est regrettable et c'est un travers de nos sociétés qui laissent peu de place à la diversité du vivant et qui sont assez anthropocentriques.

Aujourd'hui, la première cause de ce déclin, c'est l'artificialisation des milieux, on en entend régulièrement parler en termes de déforestation, mais pas seulement.

Il se trouve qu'en France, il y a eu trop peu d'études sur ce sujet, mais on se trouve dans la situation négative décrite par les auteurs.

Plécoptère du genre Taeniopteryx à l'état larvaire

Les insectes des milieux humides comme les perles ou les éphémères sont particulièrement touchés, victimes de l'artificialisation et de la pollution des cours d'eau. Il y a aussi les papillons, les guêpes, les abeilles domestiques, mais aussi beaucoup d'espèces d'abeilles sauvages (900 espèces en France !) qui contribuent à la pollinisation des plantes et qui sont très touchées : assurer la pollinisation devient un challenge. Il faut savoir que 40.000 espèces d'insectes sont présentes en France, avec une grande diversité d'écologies particulières.

Uniformisation des paysages

Un paysage divers est plus favorable à la biodiversité qu'un paysage monotone, c'est une règle générale. Une seconde règle est d'intervenir avec prudence, il faut éviter de pratiquer une ingénierie

Il y a une nouvelle donne à mettre en place pour des relations plus fréquentes et plus efficaces entre scientifiques et politiques, autour d'un changement de société et un éveil des consciences.

Dans des écosystèmes déjà fortement transformés comme ceux d'Europe, si un effort énorme est déployé, on peut enrayer cette catastrophe.

Certaines espèces pourront repeupler certains milieux, par exemple des milieux herbacés ou forestiers laissés en gestion douce avec moins d'intrants, une prairie de fauche, une forêt de mélèzes, des pâtures dans un bocage.

Ephéméroptère du genre Epeorus à l'état larvaire

J'aimerais sentir le même émoi devant la disparition de ces espèces d'insectes que devant un musée qui brûle

Il est infiniment plus simple de laisser la nature fonctionner que de vouloir lui suppléer sur des fonctions essentielles.

Trichoptère de l'espèce Potamophylax latipennis

Que pensez-vous de l'initiative allemande de "plan d'action pour protéger les insectes", qui prévoit un financement annuel de 100 millions d'euros, dont 25 millions consacrés à la recherche et propose de limiter le bétonnage et les émissions lumineuses la nuit afin d'éviter de désorienter les insectes ?

Je n'imagine même pas la possibilité d'une telle mesure en France, au moment où la recherche en général (bien loin des 3 % du PIB) continue à être déshabillée, comme si elle était un luxe coûteux pour la République…